Partager l'article ! Compte-rendu de la réunion du 24 janvier 2009 sur les "SEL": Gwenaelle Bavant introduit le débat par une présentation assez détaillée de ...
Gwenaelle Bavant introduit le débat par une présentation assez détaillée des SEL, de leurs objectifs et de leur fonctionnement, dont voici l'essentiel.
Qu'est-ce qu'un SEL?
Dans nos sociétés où la place donnée à la mesure de nos ressources, l'argent, est immense, on s'aperçoit pourtant que le système économique actuel ne se met plus aux services des gens mais plutôt l'inverse et ne répond plus à leurs besoins.
Un Système d'Echange Local est un réseau de personnes qui choisissent de mettre des services, des savoirs, des biens à la disposition les uns des autres, au moyen d'une unité d'échange choisie par tous, sans recours à l'argent.
Historique des SEL
Dans les années 80, l'île de Vancouver au Canada, connaît un fort taux de chômage suite à la fermeture de l'industrie minière. Michael LINTON, un écossais, frappé de voir tant de gens doués de savoir-faire réduits à l'inactivité, invente le L.E.T.S. (Local Exchange Trading System), en s'inspirant de l'idée du troc.
L'idée se propage dans les pays anglo-saxons puis au-delà (Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique, Japon) jusqu'à la création du premier SEL français, en Ariège, en 1994. En 2 ans, ce SEL compte déjà 380 adhérents.
D'autres SEL se sont développés depuis : il y en a aujourd'hui près de 350 en France.
et Grain de SEL....
Il n'existait pas ce genre de système sur la région de Houdan...
Un groupe d'amies, jeunes mères de famille, confrontées aussi bien aux réalités quotidiennes qu'à des questions de société plus profondes, ont eu l'envie de développer ce qu'elles pratiquaient déjà entre elles : l'échange de services.
Ainsi, en septembre 2008, est né Grain de SEL et son équipe actuelle composée de 7 animatrices. Nous comptons à présent une trentaine de membres.
Dans la pratique des échanges, nous utilisons plusieurs outils :
- le catalogue, regroupant l'ensemble des offres et demandes des adhérents.
- le forum GDS, avec notamment les documents en lecture libre et la rubrique offres et demandes urgents ou temporaires.
- le livret d'échange dans lequel sont consignés les échanges et leur estimation en grains.
En sachant que quel que soit le service, 1 minute=1 grain. Le livret permet ainsi de reporter ces « transactions » en grains (débit ou crédit) et son solde.
Les raisons d'être du SEL
Ce qu'il y a de bien avec les SEL, c'est qu'ils sont tous différents....et que chacun peut y trouver des choses différentes....
Voici quelques pistes :
L'important au final, c'est que chacun, quelles que soient les raisons qui l'amènent à se lancer dans l'expérience du SEL, puisse y trouver son compte, améliorer son quotidien et celui des autres, en s'inscrivant dans un esprit de solidarité, une recherche d'équité et d'humanité.
Frédérique Stevens complète cet exposé par une liste de questions qui se posent et de problèmes dont certains sont toujours en suspens. La salle fait écho à ce questionnement, en le précisant. En voici l'essentiel :
L'échange de services des SEL fait-il concurrence aux professionnels et aux artisans ? Est-ce légal ?
Le fonctionnement des SEL est encadré. Il n'y a pas de TVA ni de charges ni d'impôts, puisqu'il n'y a pas d'argent échangé. Les services sont ponctuels, non répétitifs, et ne sont pas échangés entre deux personnes, mais au sein d'un collectif. Les professionnels ne doivent pas proposer des services liés à leur métier. Si c'est le cas, ils doivent le déclarer. Pour les cours ou la formation, on peut considérer que c'est un seul service réparti sur plusieurs séances.
Il y a eu des procès, mais il existe maintenant une jurisprudence. D'ailleurs, certains SEL ont vu le jour avec une subvention des pouvoirs publics.
Ceci est formalisé au moment de l'adhésion à un SEL : signature du Règlement Intérieur, et justification d'une assurance Responsabilité civile pour les travaux au domicile de quelqu'un.
Les « Grains de sel » remplacent les euros. Ce serait donc toujours une monnaie ?
Oui, ce n'est pas du troc à proprement parler. Toutefois, un grain = 1 minute de temps, quelle que soit la nature du travail : il n'y a pas hiérarchisation du travail, une minute de terrassement équivaut à 1 minute de cours ou de conseil, il n'y a pas de travaux « nobles » et d'autres qui le seraient moins.
Ceci étant, il y a toujours des gens qui vont essayer de reproduire les mêmes comportements : « course au grain », obtenir des services sans en donner, peur d'être débiteur, etc C'est la raison d'être du « Carnet de grains » qui permet de vérifier a posteriori qu'il y a un certain équilibre.
Si des voisins qui se rendaient service adhèrent au SEL, cela rend « payant » des échanges qui se faisaient naturellement auparavant ?
Le SEL est un système ouvert et libre. Personne n'est obligé de rendre payant ce qui était gratuit, personne ne demande de comptes sur les échanges bénévoles qu'on peut avoir avec ses voisins proches. Le « Carnet de grains » permet simplement de comptabiliser les échanges avec des personnes qu'à l'origine on ne connaît pas, en vérifiant qu'il y a une certaine équité, un équilibre entre ce qu'on reçoit et ce qu'on donne.
Comment chiffrer le nombre de grains pour le prêt de matériels, d'outils ?
C'est à chacun de voir cela entre l'offreur et le demandeur. L'équipe d'animation peut éventuellement conseiller au vu de ce qu'elle a vu se pratiquer.
De même, pour des cours ou de la formation, on peut se mettre d'accord sur un nombre forfaitaire de grains par séance et non au prorata du temps passé.
Où s'arrête l'aspect « local » du système ?
Il n'y a pas de réponse évidente. Le « Grain de Sel » de la région de Houdan s'arrête là où résident les membres de l'équipe d'animation, mais rien n'interdit à quelqu'un de Dreux ou de Saint Quentin d'adhérer. Il ne faut cependant pas que les questions de déplacements lointains viennent « polluer » l'échange.
Y a-t-il un contrôle des échanges ?
L'équipe d'animation ne fait pas de contrôle, c'est à chacun de vérifier qu'il y a équilibre en notant clairement sur son carnet tout ce qui a été échangé. Tout au plus l'équipe fait un bilan a posteriori lorsque les carnets pleins sont renouvelés ou après un an.
Le SEL est fondé sur la solidarité, la convivialité, la mutualisation des savoir-faire. N'y adhèrent donc normalement que des personnes décidées à « jouer le jeu » et à s'autogérer. L'objectif global est bien de constituer un réseau d'entraide dans un périmètre peu étendu.
Peut-on adhérer si on n'a rien à offrir ?
Il est rare que quelqu'un n'ait rien à offrir. Lors de l'adhésion, chacun doit faire le catalogue de son offre et de sa demande, c'est obligatoire avant d'adhérer. L'équipe d'animation peut aider pour rédiger son « offre », qui peut souvent résider dans des capacités personnelles insoupçonnées ou sous-évaluées.
Par exemple, quelqu'un ayant la photo comme passe-temps peut très bien offrir ses services pour venir prendre des photos à un anniversaire ou à une fête. On peut offrir une chambre d'hôte ponctuellement pour dépanner des gens à proximité, sans en faire une activité récurrente pendant les vacances. Un médecin à la retraite pourra faire un diagnostic et donner un conseil, mais pas faire d'ordonnance.
Toutefois, pour éviter les dérapages, il faut éviter d'aller au-delà de 5 échanges dans le même sens.
Il faut payer une cotisation en euros à l'adhésion. N'est ce pas contradictoire ?
C'est un point qui fait débat au sein de Grain de Sel. A terme, il faudrait la supprimer, mais il y a à
assumer des frais hors SEL : correspondance, Internet, assurance, etc..Chaque SEL a des solutions différentes. Mais il faut voir que les SEL actuellement ne visent pas à remplacer tous les
échanges commerciaux, c'est un réseau local où les gens essaient d'abord de se connaître et de se rendre service.
Comment peut-on solliciter ou offrir un service ?
A Grain de Sel, il y a un catalogue des offres et des demandes sur le forum Internet de l'association http://graindesel.forumactif.net/ mis à jour mensuellement. Il y a aussi un espace pour les demandes urgentes. On peut demander également le catalogue sous forme papier.
L'association organise des manifestations régulières (bourses d'échanges, ateliers créatifs, sorties,...) pour que les gens se voient, que le réseau vive de manière conviviale et que des liens se créent. Les prochaines auront lieu les 14 mars et 19 avril à Saint Lubin de la Haye.
Pour répondre à la question du titre...
Les SEL ne sont actuellement pas des alternatives à la société de consommation occidentale traditionnelle. Ils ne produisent pas de biens, ils échangent des services et des savoirs. Ils essaient de substituer dans une certaine mesure le troc aux échanges marchands. Leur objectif principal est de remplacer la relation commerciale client fournisseur par une mutualisation des savoir-faire, un échange de services, dans un cadre local et convivial au sein d'un réseau.
Donner plus pour recevoir plus, c'est aussi dans une certaine mesure restituer du pouvoir d'achat aux personnes qui en ont peu, mais qui ont des ressources personnelles à offrir.
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